EVALUATION MINISTERIELLE
L'annonce de l'évaluation des ministres par un cabinet d'audit privé (Mars & Co) m'a d'abord fait sourire : le côté infantilisant de la chose et la tête des ministres faisant contre mauvaise fortune bon cœur suffisaient à mon bonheur lors des actualités vespérales.
L'évaluation des politiques c'est le vote : cette remarque entendue ici ou là est juste, mais de prime abord elle pourrait sembler à côté du sujet. Pour les citoyens, en effet, le vote est la sanction politique. Mais l'évaluation annoncée est destinée en théorie à un usage interne : permettre à Sarkozy (à Fillon) de juger de l'efficacité de ses ministres à l'aune de ses propres critères et objectifs. Les critères retenus ne sont pas les nôtres, ce sont les siens. Aussi stupides puissent-ils nous paraître, ils ne devraient pas appeler notre jugement : qu'il se débrouille à les évaluer
d'une manière ou d'une autre...
Sauf que... en annonçant à la ville et au monde cet audit, on nous demande
de facto de partager l'évaluation. La méthode devrait recueillir notre assentiment et les résultats guider naturellement nos votes futurs. Par un syllogisme : si un cabinet d'audit dit qu'un ministre a atteint les objectifs qui lui étaient fixés, c'est que le ministre est bon, et si le ministre est bon c'est qu'il faut le garder, et pour le garder il faut conserver Sarkozy...
Ainsi donc les critères retenus devraient devenir les nôtres. Nous devrions mesurer la grandeur d'âme de Monsieur Hortefeux au nombre d'immigrés sans papiers expulsés, apprécier le rayonnement culturel de Madame Albanel au nombre d'entrées gratuites dans les musées, jauger la force de persuasion de Monsieur Darcos au nombre d'heures supplémentaires des enseignants et autres fariboles du même tonneau...
Le mélange des genres s'affirme toujours plus. Seul, le président, apparaît comptable de sa politique devant les citoyens-électeurs, ses ministres, "dépolitisés", ne sont que des chargés de mission évalués hors du champ de la subjectivité politique. Dès lors, ils ne sont plus très différents des conseillers et autres directeurs de cabinet. Ces derniers, s'exprimant désormais publiquement, volent la vedette aux ministres et décident parfois à leur place.
La Vème République s'est encore plus présidentialisée. Nous avions eu droit à une forme de monarchie républicaine, désormais nous voici avec le manager en chef de l'entreprise France. Le malheureux Fillon restant confiné au rôle de contremaître. Une entreprise qui pique ses cadres à la concurrence (l'ouverture) et dont le manager en chef, en bonne logique, étale son statut avec force Rolex, yacht et Jets privés...
Une politique sans âme menée par un taulier...
04/01/08 - 08:30
Sans compter que ce sont nos impôts qui rémunèrent ces audits privés...
nico_paris12