Au rythme des nyctémères.

Une trace, un message embouteillé, une humeur impudique, un clin d'oeil lancé à la cantonade : ce journal n'a pas d'autre ambition que de lancer quelques cailloux sur la surface de la blogosphère. Parfois, sans l'avoir vraiment espéré, un ricochet...

N'oublie pas, lecteur, nous nous ressemblons.

* * * * * * * * * *
Humeur du moment :

J'écoute : David & Jonathas de Charpentier
Je regarde : l'horizon qui poudroie
Je lis : des livres en retard
Je joue : à vivre
Je mange : tous les jours
Je bois : l'apéro vers 19H
Je cite : Neminem laedit qui suo jure utitur
Je pense : qu'il est temps de mettre à jour mon blog
Je rêve : lascivement sur mon lit
(mis à jour jeudi 9 mai 2013 à 17:31)

17/01/2008

17/01/08 - 09:35

SUIS-JE GAY ?

 


 
Je lis dans un post récent que la culture gay (*) n'existe pas, que c'est une invention commerciale. Ce propos tenu, soit dit en passant, sur un site affichant une "gay attitude" ne manque pas de saveur (parler de la corde dans la maison du pendu en quelque sorte), il nous amène à disserter quelque peu sur l'identité homosexuelle...

Dans un registre un peu similaire, Guy Hocquenghem écrivait que l'homosexualité a été inventée en 1869. Derrière la provocation lapidaire il voulait signifier qu'avant l'invention du mot, la chose n'existait pas, pas au sens de ce qui s'est cristallisé dès que le mot fût prononcé. Pour Hocquenghem, le mot fonde le concept et le concept crée artificiellement l'identité. Supprimons le mot et l'homosexuel n'existe plus. Au surplus, le mot rend unique ce qui est multiple ( « Il faut s'interroger sur ce nom, parce qu'il nous "fait", d'une certaine manière, qu'il crée par collages la fausse simplicité d'un truisme vital »). Dans la foulée, le blog cité énonce : « être homosexuel (homme ou femme) en 2008, c'est comme être hétérosexuel ( homme ou femme) il y a autant d'identités que d'individus ». L'assertion n'est ni vraie ni fausse, elle est a-sociale. Eternel débat entre nature et culture : l'individu n'est rien en soi, il n'existe que par rapport aux autres. L'obscurité n'existe que par la lumière. Les autres fondent aussi ce que l'on est. En 2008 aussi...

Le discours d'Hocquenghem qui s'inscrit dans la lignée de la pensée de l'Anti-Oedipe de Deleuze et Guattari, va à l'encontre des analyses marxistes ou marxisantes produites dans les années 70. Celles-là renversent le point de vue : ce n'est pas l'individu qui se crée une identité, c'est le regard social qui la fonde. Ce n'est pas la perception de soi qui est déterminante, c'est la perception que les autres ont de soi. Cette approche considère ainsi la "bisexualité" non du point de vue intime ou "mathématique" (quelle proportion de ceci ou de cela) mais directement à travers les conséquences sociales : les discriminations ou la répressions s'attachent aux formes et non à la perception de soi, on "est" aussi ce que la société nous assigne d'être. C'est la part montrée ou perçue d'homosexualité qui fonde la réaction sociale. D'une certaine manière on peut être perçu comme homosexuel (avec toutes les conséquences que cela peut avoir) sans même que l'on se perçoive soi-même comme tel. Dans cette vision, c'est la production de normes sociales qui est mise en exergue (**).

Mais se baser sur une sorte de prééminence du regard social par rapport à l'intime fait oublier ce que l'on donne à voir et à comprendre au monde qui nous entoure. Nous sommes aussi ce que nous voulons être. A ce titre et le raisonnement n'est pas que de pure forme, on peut se définir comme homosexuel sans jamais avoir eu un seul rapport sexuel. Ainsi, on a pu sourire en lisant un conseil qui n'en est pas un dans un post récent à usage pédagogique, un gaïen affirmant : « de fait, se baser sur une unique expérience pour déterminer votre orientation sexuelle est stupide, n'y songez donc même pas ».

Le rapport dialectique entre le regard social et la perception de soi trouve peut-être son dépassement dans la revendication de l'un par l'autre : dit trivialement, il m'importe peu que ma boulangère pense que je suis pédé si je me dit en même temps qu'elle a bien raison.

Ajoutons dans ce tableau une illustration directe de ce débat : la suppression de l'homosexualité de la liste des maladies mentales par l'Association Psychiatrique Américaine en 1974. La polémique qui présida à la suppression mériterait d'être narrée en détail puisque ce qui aurait dû être une controverse scientifique fût, et pour cause, une bataille politique. Afin de trouver un compromis une éphémère définition fût proposée : l'homosexualité pouvait être "égo-syntonique" (le sujet juge son homosexualité acceptable) ou "égo-dystonique" (le sujet est perturbé par son homosexualité), seule cette deuxième figurait alors dans la nomenclature (dans le DSM-IIi). Pour la première fois de l'histoire, une maladie n'était pas définie par des normes scientifiques : c'est la personne elle-même qui décide si elle est ou non "malade" ! Compromis intenable. Finalement, l'homosexualité égo-dystonique a fini au musée des curiosités improbables et les versions suivantes du DSM ne firent plus mention de l'homosexualité. Bel exemple pourtant de l'imbroglio entre le regard social et la perception de soi...


(*) Le choix iconographique (tiré d'une représentation des "Paladins" de Rameau) est évidemment une affirmation non-dite mais
signifiante.
(**) Pour ne pas alourdir ce texte, on fera l'impasse sur le discours de SEXPOL à la suite de Wilhelm Reich, cherchant à faire la jonction entre Freud et Marx...

 

commentaires

17/01/08 - 10:31

Vos échanges ont en tout cas le mérite d'élever le niveau ici.
Je me permets de mettre un lien sur mon (autre) blog Gay Cultes.

17/01/08 - 13:30

Est-on gay par l'acte ou l'est-on par la volonté : c'est une très bonne question à laquelle je réponds moi-même très maladroitement, pour tout dire.

17/01/08 - 23:26

Tout cela est bien raisonné...
Mais, enfin, certains sont attiré par les hommes, la plupart par les femmes (par convention ou par besoin ?)
Renversons la question : l'hétérosexualité est elle une plusion avant d'être une obligation nécesssaire pour la survie de l'espèce ?

19/01/08 - 14:45

Mais l'homosexualité et l'hétérosexualité existent-elles vraiment ?

D'un autre côté, prenons un exemple, si un homme, qui n'a été attiré que par des femmes et qui n'a eu que des rapports sexuels avec elles, peut un jour aimer un autre homme, le cas inverse concernant la sexualité peut tout aussi bien se produire.

On se dit "homosexuel" parce qu'on n'a connu que des hommes dans son expérience sentimentale et sexuelle. Mais si on tombe amoureux d'une femme, est-on "bisexuel" ou alors devient-on "hétérosexuel" ?
Pour rester dans le ton, Jean-Paul Sartre (lien avec Simone de Beauvoir, photo dans le post de Pheel, tout ça... Mais non, ce n'est pas tordu, héhé) disait à juste titre: "L'enfer, c'est les autres".

Les autres (la société dans laquelle nous vivons) nous définissent en nous posant des étiquettes de toute sorte (un peu comme les groupes de GA qui apparaissent sur notre profil). Mais ces étiquettes sont-elles interchangeables ou alors restent-elles collées à nous, telle de la cécotine, à tout jamais ?

L'homosexualité, tout comme l'hétérosexualité, n'est pas une pulsion mais un comportement et une mentalité à part entière: on aime une personne pour ce qu'elle est. Ensuite, viennent les préférences dans le choix des différents partenaires que l'on peut rencontrer dans sa vie.

Pourquoi cette question que je pose au début de mon commentaire ? Parce que la société a toujours besoin de poser un nom sur un comportement individuel, une démarche peut-être un peu trop scientifique qui mène à des discriminations...

Les commentaires sont automatiquement fermés aux visiteurs au bout de trente jours.

 

Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, Article 19 :
Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.

Diskleriadur Hollvedel Gwirioù Mab-Den, Mellad 19 :
Pep hini en deus gwir d'ar frankiz d'ober e veno ha d'en disklêriañ, da lavarout eo gwir da chom hep bezañ trubuilhet en abeg d'e vennozhioù, gwir da glask, da resev ha da skignañ keleier ha mennozhioù, dre n'eus forzh pe zoare disklêriañ, hep teurel pled ouzh an harzoù.

eXTReMe Tracker